Interview du DG de CREDIT ACCESS dans le magazine SIKA Finance

Interview du DG de CREDIT ACCESS dans le magazine SIKA Finance

CREDIT ACCESS a remporté en 2019 l’Awards de la meilleure microfinance du marché ivoirien, ce qui dénote du niveau de performance de vos opérations. Pouvez-vous présenter votre structure ?

Votre question renferme deux interrogations qui nécessitent des réponses différentes en ce sens que l’une porte sur les raisons qui ont fondé la récente distinction que nous avons eue et l’autre sur qui nous sommes et ce que nous faisons.

Permettez-moi de commencer par la seconde à savoir la présentation de mon Institution.

Créée depuis 2003, nous nous définissions comme un Système financier décentralisé communément appelé Institution de microfinance. Nous sommes spécialisés dans la distribution de crédit, la collecte de l’épargne, la fourniture de produits d’assurance, de monétique et de services de transferts.

Nous sommes spécialisés dans la distribution de crédit, la collecte de l’épargne, la fourniture de produits d’assurance, de monétique et de services de transferts

Notre offre de produits et services financiers s’adresse à une clientèle variée que sont les salariés, les Très petites entreprises (TPE) que sont les commerçants ou artisans, les PME et enfin les Ivoiriens de la diaspora.

Mes premiers commentaires relativement à l’obtention de l’Award de la meilleure microfinance 2019 qui consacre CREDIT ACCESS vont dans le sens des remerciements envers le patronat ivoirien et l’initiative « La finance s’engage ». Ce prix traduit la reconnaissance des efforts de toute l’équipe de CREDIT ACCESS en vue d’en faire une Institution de référence en Côte d’Ivoire. Permettez-moi à nouveau, de féliciter l’ensemble de mes collaborateurs pour leurs engagements et leur abnégation au travail. En si peu de temps, nous avons réussi à hisser CREDIT ACCESS parmi les meilleures IMF (institution de microfinance) de la place, ce qui n’était pas gagné d’avance du fait de l’importance de nos tendances lourdes. Aujourd’hui, même si de nombreuses actions restent à mener, nous sommes fiers d’avoir réussi à bâtir une relation de confiance avec nos clients en mettant au centre de cette relation, une qualité de service homogène dans toutes nos agences. Cela a été possible grâce à la culture de valeurs morales et d’éthiques que sont « l’Ecoute, la Probité, la Transparence et le Professionnalisme ».

Nous avons réussi à hisser CREDIT ACCESS parmi les meilleures institutions de microfinance du marché ivoirien

Dans un secteur aussi concurrentiel où l’on enregistre la présence de filiales de grands groupes, quelles sont vos offres pour vous distinguer ?

C’est vrai que l’on dénombre de nombreux acteurs dans le secteur de la microfinance. Officiellement, nous en avons 48 agrées et cette multiplicité d’acteurs conjugué au nombre croissant de clients appartenant au secteur de la microfinance peut placer la structure de nos marchés dans un état de concurrence pure et parfaite mais force est de constater que les offres du marché sont très variées et les nôtres, encore plus singulières. A CREDIT ACCESS par exemple, en fonction de chaque profil de cible évoqué plus haut, nous disposons d’une offre de produits et services financiers durables, innovants et de qualité ; lesquels se subdivisent en cinq domaines d’activités.

Sur l’activité de crédit, nous proposons aux PME, des crédits de trésorerie qui se manifestent sous forme de découverts, d’avances sur chèques, sur factures ou bons de commande et des crédits pour les investissements et fonds de roulement.

Les TPE trouvent également des crédits pour effectuer leurs investissements ou accroître leurs chiffres d’affaires. Les salariés bénéficient de crédit à la consommation sous forme d’avance sur salaire ou de prêts pour la réalisation de leurs projets.

Nous sommes également présents sur le segment de l’épargne à travers une offre de produits d’épargne qui varie du plus court au plus long terme avec en clé, la possibilité d’épargner sans se déplacer par le canal de nos agents commerciaux dédiés.

Des partenariats avec des banques commerciales de la place nous permettent d’intervenir en matière de produits de monétique et de distribuer ainsi des cartes bancaires qui sont rechargeables dans nos agences ou directement par nos clients eux-mêmes à distance à travers nos canaux digitaux.

Des partenariats avec des banques commerciales de la place nous permettent d’intervenir en matière de produits de monétique et de distribuer ainsi des cartes bancaires qui sont rechargeables …

Nous distribuons aussi des produits d’assurance développés en partenariat avec des compagnies d’assurance.

Il s’agit de l’assurance santé, la multirisque professionnelle, la prévoyance funéraire, l’assurance voyage et bien d’autres.

Mentionnons enfin que nous proposons des services de transferts internationaux et de mobile money dans tout notre réseau d’agences.

Comment la crise impacte-t-elle actuellement les institutions de microfinance ?

Il me plaît toujours de rappeler qu’il est précoce de parler d’impact dans la mesure où cette crise est encore récente et va certainement renfermer des dimensions encore inconnues au stade de mon propos ; parlons plutôt d’effets de la crise et à ce sujet, on peut sans risque de se tromper affirmer que de nombreux secteurs dont celui de la microfinance en font déjà les frais.

Selon une enquête réalisée en mai 2020 par ADA sur 110 IMF (institutions de microfinance) partout dans le monde, 80% des capacités de distribution de prêts ont été freinées du fait de l’arrêt voire de la fermeture des activités créatrices de revenus. Notre métier exige une relation de contact, d’échanges et d’observation de l’évolution des activités de nos clients ; cette chaîne étant brisée, les recouvrements de crédits accordés deviennent très difficiles et ont pour conséquence principale l’accroissement des risques encourus notamment sur leurs encours. Selon les données d’ADA, ce sont plus de 40% d’IMF qui seront visées par la dégradation de leur portefeuille client si elles ne mènent pas des actions de report d’échéance.

Pensez-vous que votre secteur d’activité est particulièrement exposé par rapport aux établissements bancaires et financiers ?

 

Pourquoi ?

Comprenez que tout dépend de l’indicateur de comparaison utilisé pour mesurer ou mener des analyses croisées entre notre secteur c’est-à-dire celui de la microfinance et celui des établissements bancaires et financiers. Mais avant de s’y essayer, il est bon de rappeler que la crise de la Covid-19 est avant tout sanitaire et non financière comme en 2008 ; presque tous les dispositifs sanitaires se sont très vites retrouvés débordés et il fallait rapidement prendre des mesures de confinement à l’effet d’éviter des hécatombes.

(…) l’industrie bancaire a un important rôle à jouer dans la mesure où elle pourrait soutenir la relance économique et le secteur de la microfinance ne saurait être en marge de cette dynamique surtout auprès des TPE et PME …

Les mesures de confinement et de fermeture de frontières ont pour effet direct d’agir sur l’économie réelle avec l’arrêt brutal des échanges et des chaînes de production. Dans ce cas de figure, l’industrie bancaire a un important rôle à jouer dans la mesure où elle pourrait soutenir la relance économique et le secteur de la microfinance ne saurait être en marge de cette dynamique surtout auprès des TPE et PME avec lesquelles elles développent une relation de proximité de choix. Cette cible est active majoritairement dans le secteur informel et contribue à hauteur de 30 à 40% de notre PIB pour plus de 90% d’emplois crées

Dans les huit pays de l’UMOA, les microfinances disposent d’un encours de crédit global de près de 1 500 milliards FCFA et disposent d’un portefeuille clientèle de plus de 10 millions de clients ou sociétaires. Indirectement, ce sont donc plus de 100 millions de personnes qui bénéficient du fruit des prestations offertes par les microfinances, ce qui n’est pas négligeable. En conséquence, l’exposition des microfinances pourrait avoir un impact significatif sur nos économies.

Comment arrivez-vous à CREDIT ACCESS à vous adapter à ce nouveau contexte ?

Bien évidemment ce nouveau contexte nous contraint à une adaptation pour assurer la continuité de nos activités. Et fort heureusement à CREDIT ACCESS, depuis quelques années, nous avons entamé notre transformation digitale. En ce sens donc, nous avons réussi à mettre en place des services à forte valeur ajoutée qui s’appuient sur le digital.

(…) à CREDIT ACCESS, depuis quelques années, nous avons entamé notre transformation digitale.

Ainsi, nos clients ont-ils la possibilité d’effectuer certaines opérations à distance à travers nos différentes solutions digitales que sont le web Banking et la fourniture de cartes bancaires prépayées utilisables dans l’ensemble des réseaux internationaux de paiement et de distribution et dont les rechargements peuvent se faire directement par nos clients à partir de leur smartphone.

L’extension des mesures d’accompagnement de la BCEAO au secteur de la microfinance vous a-t-elle apporté une bouffée d’oxygène ?

La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a adopté une série de mesures visant à soutenir toute l’industrie bancaire. Les premières Institutions concernées par ces mesures étaient les banques, les microfinances ont suivi par la suite. Nous avons accueilli positivement ces mesures parce qu’elles traduisent l’affirmation de la reconnaissance des microfinances comme des entités pouvant être frappées par la crise et devant faire l’objet d’une attention particulière.

Toutefois, ces mesures peuvent avoir un faible impact si elles n’intègrent pas une dimension de long terme et à cet effet, nous avons confiance en notre Banque centrale.

(…) nos clients ont-ils la possibilité d’effectuer certaines opérations à distance à travers nos différentes solutions digitales que sont le web Banking et la fourniture de cartes bancaires prépayées utilisables dans l’ensemble des réseaux internationaux de paiement et de distribution …

Avez-vous d’autres attentes qui pourraient contribuer à renforcer la résilience du secteur ? La résilience ne vaut que si l’entité concernée est suffisamment proactive et mitige convenablement les risques qu’elle pourrait encourir en cas de survenance d’une crise comme celle que nous vivons. Pour nous, les autorités régaliennes et de régulation devraient davantage intégrer les IMF dans leurs politiques de lutte contre la crise sanitaire et cela passe par la mise en place d’un fonds de garantie dédié et l’accès aux guichets de refinancement de la Banque centrale pour permettre aux IMF de continuer le financement de l’économie de masse en toute mitigation des risques qui pourraient être les siennes.